Laos, Hors Champ

Des centaines d'images, des milliers d'images, sont prises chaque jour au Laos depuis que ce pays s'est ouvert à la fin années 90. Progressivement, un certain tourisme de masse s'est imposé.

Eléphants, Mékong, bonzes, temples et minorités ethniques comme autant de cartes postales et d'images “insolites” que le visiteur rapporte tel un trophée d'explorateur dans son pays d'origine. Les autorités locales forcent le trait. Tout doit être fidèle à cette carte postale. Portrait de fuite, regard volé, tout est bon à mettre dans la boite à images, dans le dossier “Vacances Laos 2013”.

Mais quels sont les impacts d'une telle mise en scène sur les esprits et les hommes concernés par ces instantanés hebdomadaires et même quotidiens ? Quelle vision ont ces gens de ces Cyclopes blancs ou asiatiques venus avec un appareil photo à la place des yeux transformant ainsi la tradition en folklore ? Les personnes ayant refus é d'être pris en photo n'ont-ils pas finalement raison de garder leur distance de peur qu'on ne vole leur âme ?

Pourquoi ne pas offrir à ces intermittents du spectacle Lao une belle image ? Une photo “classique” avec un studio nomade dans lequel les curieux peuvent s'offrir un portrait et le rapporter chez eux.

Nous avons choisi d'offrir un tirage afin de rendre à ces figurants l'image de leur book a l'aide d'une imprimante portative.

Le style du cadre Empire a été soigneusement choisi chez un encadreur chinois de la capitale. Sur les lieux de prises de vue, dans le nord du Laos, il crée un paradoxe. Il est hors sujet, hors contexte considérant les modèles présents. Aucun montage numérique n'a donc été effectué en postproduction.

Le cadre dirige le regard. Il n'est qu'une manière artificielle de poser un carcan visuel sur un contenu plus vaste. Contenant lourd de sens et symbolique qui ne saurait supplanter à la force et à la réalité du contenu.

C'est une invitation au plongeon dans de petits morceaux d'existences suggérées. Une façon de rappeler que le cadre du portrait n'est qu'une vision momentanée de passants se trouvant dans cet espace temps.

Mais ces portraits de plein pied montrent aussi tout le caractère fuyant de ces représentations. Il y a toujours un hors champ, un hors cadre. On peut justement suggérer une réalité ethnologique, sociale mais la réinterprétation de l'objectif est courte tout en étant féconde.

Pour un moment et dans ce cadre, ces personnes n'évoluent plus, elles se représentent et se jouent de leur propre image.

Ces gens rendent hommage à une certaine idée de la photographie. Celle du temps des cérémonies officielles ou il était obligatoire de bien se tenir et de s'habiller élégamment pour l'occasion. A ce sujet, nous avons essuyé de nombreux refus quand les modèles ne s'estimaient pas suffisamment bien habillés ou préparés.

De la fierté et du désintérêt ont aussi été observés lors des prises de vue.
D'autres, pour des raisons religieuses, ne désiraient pas passer dans le cadre ni laisser l'objectif voler leur âme.
N'ont-ils pas finalement raison de garder leur distance ?

Thanaxay et FGrimaud

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