Rana Tharu, les couleurs de la vie

 

« Parce que c'est beau ! », me répond Januki RANA THARU, 40 ans, les yeux pétillants de malice, quand je lui demande « Pourquoi portez-vous des tenues aussi colorées? ».
Leur monde est beauté, au féminin, au quotidien ; courbes d'argile, chemins sinueux dans la jungle du Téraï, le long des rivières. La vie de ces femmes fières et généreuses passe inaperçue à 800 km de Kathmandu.
Les premières personnes à vous accueillir quand vous pénétrez dans la cour d'une maison RANA THARU se sont bien elles, tête haute et regard serein. D'une voix douce et affirmée, elles vous invitent dans leur monde ajusté au rythme des saisons et de la nature. Le rythme de vie est quelque peu différent de celui de la capitale, rythme paisible, adapté à l'environnement.
En échange de quelques œufs, d'un poulet ou de quelques légumes, elles repartent du bazar avec des étoffes multicolores pour coudre la tenue qu'elles porteront les mois suivants. Les hommes labourent, plantent et tissent les filets que les femmes utilisent pour pêcher.
La vie quotidienne des femmes RANA THARU est essentiellement dédiée à la confection de leurs tenues, entre parties de pêche, cuisine, cultures et construction de l'habitat en terre.
Ce peuple, selon la légende, vivait en Inde dans le Rajasthan, cinq siècles auparavant. Elles ont fuient, avec enfants et serviteurs, l'invasion des Mongols. Les maris, eux, sont restés au combat… Les Rana Tharu, Princesses de la forêt, tout droit sorties d'un rêve, seraient le premier peuple à s'être installé dans les jungles du Teraï.
Dans cette jungle, les Rana sont tellement peu, qu'ils sont invisibles aux yeux de leurs concitoyens, à fortiori du gouvernement népalais.
Comment grandir, comment devenir une népalaise ou un népalais Rana Tharu à part entière si leur culture n'existe qu'au travers d'une danse traditionnelle ou d'une jupe bariolée aperçue dans un programme culturel télévisé ? Ils sont 200 000 à vivre au Népal, à peine 4 personnes ont un master et environ une petite dizaine ont leur Bac.
La discrimination se fait encore sentir à notre époque et l'association de préservation des Rana Tharu combat ce fléau.
Aujourd'hui, les nouvelles générations aspirent à autre chose, et rêve de stars de Bollywood. Les jeunes filles ne veulent plus perpétuer ce savoir faire ancestral de la confection de la Gangaria et de l'Anguilla (jupe et haut traditionnels).
Comment se démarquer et se faire une place neuve quand son peuple a toujours été oublié de tous et en particulier du gouvernement ? Comment apprendre à apprendre, quand nos parents et aïeuls n'ont connu que le langage des 5 éléments ?
La grâce de ces déesses vivantes survivra-t-elle encore longtemps ?

 

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